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Vos droits - Pour une charte du naissant
POUR UNE CHARTE DU NAISSANT
Blandine Poitel
Maman de trois enfants

Attendu que l'individu en formation, dès le début de la grossesse jusqu'à l'âge de la marche, ci-après dénommé Naissant, est un être :

... dont les caractéristiques physiologiques, physiques et psychiques sont fondamentalement différentes de celles de l'enfant et de l'adulte,

... qui traverse plusieurs périodes distinctes, chacune spécifique, dont le point commun est une ouverture totale de l'être à ce qu'il absorbe, physiologique ment et par les sens, sensations / émotions / sentiments qui s'impriment pour toujours et à jamais dans sa structure même,

... qui ne parle pas, mais exprime ses besoins et affects par son comportement, et par les manifestations somatiques de son corps (troubles, maladies),

... qui manifeste aussi bien in utero qu'une fois né des capacités longtemps déniées de compréhension, d'absorption de l'information et de restitution, une sensibilité à la douleur différente, apparemment plus aiguë, plus diffuse, plus envahissante, une perception du temps autre, une réactivité émotionnelle plus importante,

... qui est totalement dépendant de son milieu, dépendant de sa mère durant la grossesse, dépendant de sa mère et de son entourage affectif ensuite, pour ses besoins physiques, psychologiques et affectifs nourriture, soins, affection, communication. humanisation de ce qu'il vit par la parole, médiation du monde...)

EN CONSEQUENCE DE SES INCAPACITES PASSAGERES INTRINSEQUES, LE NAISSANT NE PEUT REVENDIQUER ET FAIRE VALOIR SES BESOINS ET DROITS.

IL EST DONC ETABLI LA CHARTE DU NAISSANT AFIN DE PERMETTRE LA RECONNAISSANCE DE SON STATUT ET DES OBLIGATIONS POUR AUTRUI Y AFFERENT.



A/ DES PREMIERS MOIS - DE LA DEPENDANCE

Le Naissant, durant les premiers mois de sa vie in utero, est complètement dépendant de l'organisme qui l'héberge et le nourrit : sa mère. Ce que sa mère absorbe, lui l'absorbe. Ce que sa mère ressent, lui le ressent. Ce que sa mère vit, lui le vit.

LE PREMIER DROIT DU NAISSANT EST DE BENEFICIER PENDANT LA GESTATION D'UN MILIEU ECOLOGIQUE (sa mère) ADEQUAT, SAIN ET NON POLLUE.

En conséquence de quoi, il est vital pour le Naissant de favoriser une attitude prophylactique :

De la mère envers elle-même :

  • éviter l'absorption de substances pouvant se révéler nocives,
  • éviter l'automédication,
  • adopter un régime alimentaire équilibré,
  • adopter une hygiène de vie prenant en compte la grossesse,
  • faire donc, dés le départ, une place au Naissant.

Du père et de l'entourage de la mère :

  • respecter les rythmes différents de la future mère,
  • accepter sa différence, ses éventuelles sautes d'humeur, sa transformation psychologique et physique,
  • l'accueillir et la rassurer si nécessaire.

De l'entourage médical :

  • ne pas multiplier inutilement les examens, parfois à risque vital pour le Naissant
  • ne pas induire autour de cet état physiologique et naturel, la grossesse, une suspicion de pathologie pouvant perturber durablement la mère, induire une incapacité maternelle, dangereuse pour le lien à venir, d'investir affectivement cet enfant qui se développe en elle,
  • donner à la mère des informations vraies et non partisanes sur son état,
  • encourager la mère à pratiquer une ou plusieurs préparations à la naissance, afin de lui permettre d'être prête le moment venu, et de pouvoir gérer le travail de façon autonome, si elle le désire,
  • établir avec elle et le père un "projet d'accouchement", l'aidant à mieux appréhender ce qui va avoir lieu, et pouvoir débattre des protocoles imposés par l'hôpital,
  • détailler ces protocoles, leur nécessité (parfois), leurs effets secondaires et toxiques, pour la mère comme pour le Naissant,
  • en toutes circonstances, diffuser auprès de la mère, du père une information loyale, honnête, appropriée...


B/ DE LA NAISSANCE :

Les préparations :

Le processus de l'accouchement est naturel ; il est cependant recommandé de se préparer soigneusement psychologiquement et physiquement, afin d'optimiser les chances de la mère et du Naissant.

II a été établi d'après différentes recherches qu'une préparation soignée :
  • diminuait fortement le risque d'accouchement prématuré, à risque vital pour le Naissant,
  • aidait à vivre une grossesse plus sereine, avec moins de désagréments,
  • permettait d'éviter nombre d'anomalies à l'accouchement (preéclampsie, éclampsie, terme dépassé, et dystocie de toutes sortes diminuent de façon significative chez les femmes ayant suivi plusieurs séances de préparations).
  • aidait à aborder le moment de l'accouchement de manière plus calme, moins stressée, plus sûre de soi et de ses capacités à "aider à naître" son enfant, plus autonome et active,
  • renforçait les liens mère / enfant / père.

L'accouchement :


Dans la mesure où rien n'appelle strictement à une intervention médicale, le déclenchement artificiel de l'accouchement (dit de convenance, du médecin ou de la mère) ne se justifie pas.

LE DEUXIEME DROIT FONDAMENTAL DU NAISSANT EST DE NAITRE A SON TEMPS ET A SON HEURE

Rien ne justifie de l’expulser de sa mère de force alors qu'il n'est pas prêt. D'autant plus qu'un certain nombre de recherches tendraient à montrer que le déclenchement de convenance :
  • serait impliqué dans un certain nombre de troubles de l'enfant et de l'adolescent. (dans la mesure où il perturbe le travail naturel de la naissance, obligeant le Naissant à vivre quelque chose pour lequel il n'est pas mûr d'une part, et d'autre part par l'utilisation de produits tels que la morphine et l’ocytocine synthétique, et d'autres qui ne sont pas sans effet sur le bébé),
  • augmente un certain nombre de risques pour la mère (hémorragies du post-partum notamment).

Si rien n'appelle à une intervention, il serait préférable que l'accouchement puisse se dérouler dans un cadre intime, convivial et chaleureux, en présence de peu de personnes, et avec le moins d'intrusions possible. Même en hôpital, i! devrait être possible d'aménager des pièces dans cet esprit, sans pour autant nuire à la sécurité de !a mère et du Naissant.

Il convient d'éviter toute intervention inutile, pouvant perturber le déroulement de l'accouchement, ne pas l'accélérer, laisser la mère libre de ses mouvements et positions, lui permettre de boire si besoin...

LE TROISIEME DROIT DU NAISSANT (quand rien n'appelle à une intervention) EST QUE RIEN (médicament via sa mère, contraintes de position sur elle) NI PERSONNE (intrusion d'individus étrangers à la mère sur le lieu) NE PERTURBE LE DEROULEMENT DE SON ARRIVEE.


La naissance :

Le Naissant vient de vivre de nombreux mois dans un lieu chaud semi-obscur, dans un bain de sonorités graves amorties. Si tout va bien, il serait important de bien chauffer la pièce et de tamiser les lumières et les bruits...

Pour ce qui est de l'expulsion, il importe que la mère soit bien installée, et de laisser l'enfant arriver avec le minimum d'intervention ; des mains doivent être prêtes à le recevoir (mais est-il vraiment nécessaire de l'extraire ?), et l'enfant doit être posé sur le ventre de sa mère ... si la respiration se met en route seule, il est possible de le laisser aller seul au sein... La tétée précoce, en augmentant les sécrétions hormonales, favorise les contractions utérines, donc la fermeture des vaisseaux sanguins et le retour de l'utérus à sa taille normale : c'est la première et la plus naturelle prophylaxie de l'hémorragie de la délivrance. Si l'enfant respire et manifeste sa vitalité, il est inutile voire nocif de se précipiter pour le sonder, l'aspirer, l'intuber, le piquer... quelque chose de très important se joue là, à ce moment précis, unique, qui ne se représentera plus : la rencontre entre la mère et son enfant. Il est essentiel, pour l'établissement du lien, et l'équilibre du Naissant, que ce moment ne soit pas perturbé.

Selon la Charte de l'Enfant Hospitalisé : "On évitera tout examen ou traitement qui n'est pas indispensable. On essaiera de réduire au minimum les agressions physiques ou émotionnelles et la douleur.

... L'intimité de chaque enfant doit être respectée. II doit être traité avec tact et compréhension en toute circonstance".

LE QUATRIEME DROIT FONDAMENTAL DU NAISSANT (quand tout va bien) EST D'ETRE TRAITE AVEC TACT ET RESPECT ET DE NE SUBIR UNIQUEMENT QUE LES EXAMENS INDISPENSABLES (selon la Charte de l'Enfant Hospitalisé), APRES QU'ON LUI AIT LAISSE LE TEMPS NECESSAIRE DE FAIRE LA CONNAISSANCE DE SES PARENTS.

Sauf risque vital pour la mère ou le Naissant, il est impératif de ne pas les séparer :

Inutile de le placer en couveuse, sa mère le réchauffera bien mieux. Toute intrusion dans l'établissement de leur lien, à ce moment si particulier, est potentiellement à risque et nocive.

LE CINQUIEME DROIT DU NAISSANT EST DE POUVOIR BENEFICIER DE SA MERE SELON SES / LEURS BESOINS INTRINSEQUES.



C/ L'ALIMENTATION / LE SOMMEIL :

L'alimentation :

La mère doit pouvoir alimenter son enfant selon ses rythmes et besoins, avec la nourriture la plus appropriée à ce qu'il est : son lait. Si elle désire l'alimenter par des poudres de lait de vache modifié (dit lait maternisé), il serait néanmoins nécessaire qu'elle ait auparavant reçu une information non partisane sur les inconvénients de ce type de nourrissage, et ses répercussions sur la santé du Naissant.

A l'hôpital, il est impératif :
  • que la mise au sein soit assistée, si nécessaire, par une personne formée à cette démarche,
  • qu'au moins un certain nombre de personnes de l'équipe médicale disposent d'informations avérées et fiables sur l'allaitement maternel afin de ne pas diffuser des renseignements susceptibles de nuire à la mère ou au Naissant,
  • que les informations données à la mère sur l'alimentation au sein soient homogènes et non contradictoires, entre les différents membres de l'équipe médicale.
LE SIXIEME DROIT DU NAISSANT EST DE BENEFICIER DE LA NOURRITURE LA PLUS APPROPRIEE A CE QU'IL EST ET A SES BESOINS : LE LAIT DE SA MERE, ET CE AUSSI SOUVENT QUE NECESSAIRE.

Le sommeil :

Le Naissant est un individu dont les besoins de sommeil sont différents, et variables selon le type d'alimentation donnée : au sein ou artificielle. Cependant, dans tous les cas de figure, et encore plus à l'hôpital, il importe de respecter ces temps de sommeil, et de ne pas réveiller le bébé de façon intempestive et répétée pour divers examens : prise de température, pesée, tests... ou tout simplement pour changer sa couche ! Un Naissant qui dort est un Naissant qui se construit, qui grandit, qui s'élabore. Il est indispensable de respecter ces rythmes.

LE SEPTIEME DROIT DU NAISSANT EST LE DROIT AU SOMMEIL RESPECTE, RESPECT FONDAMENTAL POUR SON EQUILIBRE ET SA CROISSANCE.



D/ LES PLEURS :

Le Naissant n'a qu'un moyen d'appeler : pleurer. En venant au monde, il passe d'un état où ses besoins sont satisfaits avant même qu'il ne les ressente (alimenté en continu, il ne connaît ni la faim, ni la soif, l'évacuation des urines se fait spontanément, la température est pratiquement toujours "ad hoc") à un état où il lui faut ressentir un inconfort (faim, soif, chaud, froid, besoin maman, mouillé, douleur, ennui...), l'exprimer, et attendre qu'on veuille bien le comprendre et lui répondre ! Un bébé qui pleure est un bébé qui appelle ; ne pas lui répondre, c'est le nier dans sa totalité.

LE HUITIEME DROIT DU NAISSANT EST LE DROIT A ETRE SATISFAIT DANS SES BESOINS ESSENTIELS LORSQU'IL LES EXPRIME PAR DES PLEURS.
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E/ CAS PARTICULIERS : LE NAISSANT PREMATURE / HANDICAPE / MALADE :

Le fœtus qui se développe dans le ventre de sa mère montre par cette croissance son désir de grandir et de vivre. Il importe de favoriser cet élan, comme décrit précédemment, II est essentiel de dépister et de soigner quand c'est nécessaire et possible. Il est vital de le faire avec l'aide des techniques médicales pointues qui s'améliorent au fil des jours et de mettre dans la mesure du possible le maximum de chances du côté du Naissant.

LE NEUVIEME DROIT DU NAISSANT EST LE DROIT A LA SANTE, LA MEILLEURE POSSIBLE COMPTE TENU DE SON ETAT ET DES AVANCEES MEDICALES.

Le Naissant prématuré, handicapé et/ou malade est avant tout un individu, atteint de... Sa singularité d'être humain ne doit pas s'effacer devant cette différence, bien au contraire. Avant tout, ces bébés ont besoin du respect des droits ci avant cités, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans les soins particuliers requis par leur état. Il faut veiller à bien expliquer ce qui se passe au Naissant, afin de lui rendre ce qu'il va vivre de difficile et/ou de douloureux, compréhensible et humain. Un soin, même douloureux, sera plus facilement accepté, vécu et intégré si il est justifié, faute de quoi il devient une torture, incompréhensible, stérile, déshumanisante, ravalant le Naissant au rang de "chose" que l'on manipule et utilisé sans se soucier de ce qu'il est. Dans la mesure du possible, il serait judicieux de grouper les soins, afin de laisser des plages de repos et de récupération au Naissant, d'essayer de trouver des petits "trucs" (boudins de tissus dans la couveuse trop grande, pour le "contenir", par ex.) qui lui rendent la vie moins difficile, moins douloureuse. Dans ce cas encore plus, le pleur d'un Naissant est message, appel qu'il convient d'écouter, décoder et satisfaire si possible.

L'état d'impuissance et de dépendance dans lequel se trouve un Naissant, prématuré, malade et/ou handicapé est difficilement imaginable pour une personne adulte en bonne santé, autonome et en possession de tous ses moyens.

Soigner mais pas que cela : pour mettre le plus de chances du côte de la vie, il faut également le souci du bien être du Naissant dans les gestes quotidiens, la présence régulière, rassurante, vitale de la mère, du père, que l'élan qui porte leur enfant les porte tout autant... jusqu'à une certaine limite. Il est requis, dans certaines situations difficiles, de se poser et de poser la question de la poursuite des soins, quand la survie est au prix d'un calvaire continu.

LE DIXIEME DROIT DU NAISSANT EST LE DROIT A LA QUALITE DE LA VIE, SPECIFIQUEMENT LORS DES HOSPITALISATIONS. SE BATTRE POUR SAUVER, OUI ; ACHARNEMENT THERAPEUTIQUE, NON.


LA SOCIETE DE DEMAIN
N'EST PAS BATIE PAR CEUX QUI NOUS GOUVERNENT.
LA SOCIETE DE DEMAIN,
ELLE SE CONSTRUIT AUJOURD'HUI,
BRIQUE APRES BRIQUE,
DANS LE VENTRE DES FEMMES,
DANS LES SALLES D'ACCOUCHEMENT,
DANS LE BERCEAU DES NAISSANTS.
LE POUVOIR DE LA RENDRE MEILLEURE EST ENTRE NOS MAINS,
ET NULLE PART AILLEURS.




Article paru dans " LES DOSSIERS DE L'OBSTÉTRIQUE / N° 302 / FEVRIER 2002 "

(*) Naissant : néologisme créé par le Dr Claude Emile Tourné, gynécologue obstétricien, désignant "le fœtus en mouvement de naître" comme acteur de sa propre naissance. Il semble recouvrir au plus juste et tout à la fois l'individu et sa volonté d'advenir à la lumière, le mouvement de cette naissance et la continuité entre le fœtus dans le ventre de sa mère et le bébé à l'air libre. Ce terme est explicité amplement dans ses ouvrages "Naissance et Maltraitance" (Cahiers de l'Université de Perpignan) et "Le Naître humain - cette naissance qui vient à l'homme" (Editions L'Harmattan). Voir aussi les D.O. n°273, 297 et 298


Date de création : 12/08/2006 : 10:47
Dernière modification : 15/08/2006 : 12:58
Catégorie : Vos droits
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par pema le 03/09/2007 : 19:21

je trouve cette charte vraiment intéressante, claire et bien enoncée, un bon support pour le respect du "naissant" et pour une grossesse et un accouchement plus naturel et respectueux... Mercie

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